Revue de presse

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Article de Marie-Hélène Brunet, Université d’Ottawa et al. dans HistoireEngagée.ca, 26 novembre 2018.

Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.
Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publié leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

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L’Histoire revue, corrigée, critiquée et peut-être recorrigée

Article de Marco Bélair-Cirino et Dave Noël dans Le Devoir, 20 novembre 2018.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’écarte pas l’idée de modifier le contenu du matériel didactique du cours d’Histoire du Québec et du Canada à la lumière des critiques découlant du retrait d’une terminologie et d’une iconographie autochtone jugée stéréotypée.

« Vous savez, moi, j’ai enseigné pendant 17 ans, ça arrivait assez fréquemment que je changeais de manuel », a-t-il déclaré lundi, réagissant à la levée de boucliers de plusieurs historiens. « Je vais regarder vraiment attentivement leurs critiques et voir si vraiment il y a lieu de changer les manuels », a ajouté l’ancien professeur entre deux kiosques du Salon du livre de Montréal.

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La révision de manuels d’histoire dérange

Article de Marco Bélair-Cirino et Dave Noël dans Le Devoir, 19 novembre 2018.

Remplacement de « plusieurs images considérées comme stéréotypées », retrait d’un passage du Journal de Jacques Cartier, ajout « des conséquences négatives de l’invasion du territoire par les Français »… : les dizaines de modifications apportées au matériel didactique requis pour l’enseignement du cours d’Histoire du Québec et du Canada font sourciller les historiens Gilles Laporte et Denys Delâge — qui qualifient l’une d’elles d’« absurde » et d’« aberrante ».

Les deux membres du comité de révision scientifique de la première édition de Chroniques du Québec et du Canada : des origines à 1840 (Pearson ERPI) — l’un des manuels dont le contenu a été modifié dans les derniers mois à la demande expresse du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) — déplorent le polissage du récit historique.

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L’histoire des enseignants

Article de Louis Cornellier dans Le Devoir, 10 novembre 2018.

J’aurais bien aimé enseigner l’histoire du Québec au secondaire ou au collégial. Je n’aurais pas hésité, pour stimuler l’intérêt des jeunes, à me faire conteur et à emprunter la veine épique. Une histoire nationale, bien mise en narration, est toujours une épopée, et je connais peu de gens qui résistent à un bon récit.

Pour captiver mes élèves, j’aurais pigé sans vergogne dans la trame nationale politique, dans les bons travaux d’histoire sociale, et je n’aurais pas hésité à élever quelques monuments aux héros de notre aventure, tout en esquintant au passage les zéros du passé.

Par souci d’objectivité, et parce que la controverse fait partie de la nature de l’histoire, j’aurais privilégié un enseignement axé sur les débats historiographiques. Pour parler de la Conquête, j’aurais convoqué Guy Frégault, pour qui elle fut une catastrophe, et Marcel Trudel, pour qui elle eut « aussi ses avantages ». Nous aurions eu du plaisir.

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